La Petite Centaurée
Centaurium erythraea (Famille des Gentianaceae)
Rémy Le Jeune - Enseignant
En France, la vente des plantes médicinales (inscrite à la pharmacopée), est réservée aux pharmaciens, à l’exception de 145 espèces libérées, dont la petite centaurée, vendue en l’état…
Synonymie : Erythraea centaurium, Centaurium umbellatum, Centaurium minus
Etymologie :
« En grec Centaurium, et chironion, à cause du vieil Chiron Centaure, lequel a tout le premier trouvé ces deux herbes et les as montré à Esculapius comme dit Alpucie, ou comme les autres disent, pou ce qu’il fut par icelles guérit d’une plaie qu’il eut d’avoir laissé tomber une des flèches d’Hercule sur son pied » Dodoens
La légende rapporte que le centaure Chiron est né des amours de la nymphe Phylire et de Chronos métamorphosé en cheval pour échapper à la vigilance de sa femme Rhéa. C'est ce qui explique sa forme mi-homme mi-cheval. Il a de solides connaissances en botanique, en astronomie. Il connaît les vertus des plantes médicinales, la chirurgie et l'art de la chasse. Ces connaissances, il les tient de précepteurs divins : Apollon et Artémis. Il vivait dans une grotte du mont Pélion en Thessalie. Contrairement aux autres centaures, cruels et bagarreurs, c'est un être pacifique et cultivé.
Il a eu des élèves célèbres : Esculape, Nestor, Héraclès, Thésée, Ulysse, Castor et Pollux, Jason, et Achille dont il prend un soin tout particulier.
Lors de la guerrre entre les Centaures et Héraclès, il est atteint accidentellement par une flèche empoisonnée tirée par ce dernier. Comme Chiron était immortel, il aurait dû souffrir éternellement. Il demande à Zeus d'intervenir : le dieu lui permet de donner son immortalité à Prométhée. Le centaure peut alors mourir en paix.
Noms vernaculaires :
Centaurelle, Centaurée
Chironde
Chironée
Erythrée
Febrifuga: citée au « Capitulaire de Villis » en l’an 795, nom sous lequel on a indiqué deux plantes, la petite centaurée et la grande centaurée…
Fiel de terre (Fel terrae)
Gentianelle, Gentiane centaurée
Herbe au centaure
Herbe à chiron
Herbe à la fièvre
Herbe à mille-florins
Petite centaurée
Petite Gentiane
Quinquina d’Europe, Quinquina français
En anglais, Common Name(s): Centaury , minor centaury , lesser centaury , centaury herb , centaurri herba , common centaury , feverwort , filwort , bitter herb , red centaury , Christ's ladder , centaury gentian
Classification botanique :
Règne : Plantae
Division : Magnoliophyta
Classe : Magnoliopsida
Ordre : Gentianales
Famille : Gentianaceae
Genre : Centaurium
Description botanique :
Tournefort : « la petite Centaurée est un genre de plante, dont la fleur est un tuyau fermé dans le fond, ouvert dans le haut, évasé en entonnoir et découpé en plusieurs parties ; le calice est d’ordinaire fendu jusqu’à sa base en plusieurs pièces ; le pistil qui sort du fond de cette fleur, devient lorsqu’elle est passée un fruilt cylindrique ou ovale, qui s’ouvre en deux parties, et qui est partagé dans sa longueur en deux loges remplies de plusieurs semences assez menues »
Lamarck : « sa racine est menue, blanche, fibreuse ; elle pousse une ou plusieurs tiges hautes d’un pied environ, droites, anguleuses, glabres, branchues ou dichotomes dans leur partie supérieure ; ses feuilles sont très glabres, d’un vert un peu glauque, et marquées de trois nervures : les radicales sont ovales et couchées sur la terre, ou elles forment une rosette peu garnie ; celles de la tige sont ovales- lancéolées, opposées, sessiles, et un peu plus courtes que les entre- nœuds ; les fleurs sont purpurines ou de couleur rose, quelquefois blanches, viennent au sommet de la plante en bouquets ou en faisceaux corymbiformes ; elles ont un calice, étroit, pentagone, divisé profondément en cinq découpures linéaires- tubulés ; une corolle infundibuliforme, à tube grêle, un peu saillant hors du calice, et à limbe quinquefide, ouvert en étoile ; cinq étamines libres, saillantes hors du tube ; et un ovaire oblong, cylindrique, chargé d’un style simple, à stigmate en tête et à deux lobes »
Plante bisannuelle de 10- 60 cm ; hémicryptophyte
Floraison : juillet à octobre ; pollinisée par les insectes
Tige élancée, à section carrée, ramifiée au sommet, à rameaux dressés ;
Feuilles de base en rosette, obovales (larges de 8-20 mm), à 3-7 nervures ;
Les feuilles de la base de la tige oblongues, plus grandes que les caulinaires supérieures ;
Nombreuses fleurs roses, sessiles ou subsessiles, disposées en cyme bipare à aspect de corymbe ;
Lobes des pétales ovales (longs de 5-6 mm), plus courts que le tube de la corolle ;
Capsules plus courtes que le tube de la corolle ;
Drogue :
Sommité fleurie
Herbe (partie aérienne) [en latin : centaurii herba]
Dodoens : « la racine n’a nul usage en médecine, mais les feuilles, fleurs, et jus d’icelle sont nécessaires »
Thielens : « on récolte les sommités fleuries (de juin à septembre) ; il faut les sécher promptement et les conserver à l’abri de la lumière afin de ne pas altérer la couleur et lui conserver ses propriétés »
Lieutaghi : « La dessiccation, sur claie, doit être rapide ; conservée avec soin en bocaux ou en sacs de papier hermétiques, la petite centaurée garde longtemps ses propriétés » Sa culture est délicate
Principes actifs :
C. erythraea contains several iridoid constituents, responsible for the bitter characteristics of the plant. The bitter taste can be detected in dilutions of 1 part centaury:3500 parts water. 5 Gentiopicroside, one of the major iridoids, is present in approximately 2% concentration. 2 Gentiopicroside has been determined by high-pressure liquid chromatography in plants in the Czech and Slovak Republics. 9 This constituent also has been studied by other methods. 10 Centapicrin 11 and centauroside 12 are other bitter secoiridoid glucosides present. Another bitter principle, erythrocentaurin, is found in the plant and reddens with sunlight. 6 Other bitter components include erytaurin, 5swertiamarin, dihydrocornin, 13 , 14 amarogentin, amarogentrin, gentiopicrin, and gentioflavoside. 6 , 15 , 16 , 17 Centaury constituents are very similar to those of gentian, also containing gentiopicroside, amarogentin, swertiamarin, and others.
18 Alkaloids present in centaury include gentianine, 19 gentioflavin, 20 gentianin, 17 and gentianidine. 2 Alkaloids common to the family Gentianaceae have been reported.
21 Xanthones also have been found in centaury, including tetraoxygenated xanthones, 22eustomin, and demethyleustomin. 23 , 24 Other xanthones present include 1,6,8-trihydroxy-3,5,7-trimethoxyxanthone, 25 methylbellidifolin, methylswertianin, 26 and several others. 27 , 28 , 29 , 30 , 31 Xanthone biosynthesis studies report enzyme substances benzophenone synthase, 32 xanthone 6-hydroxylase, 33 and 3-hydroxybenzoate: coenzyme A ligase.
34 , 35 Phenolic acids present in centaury include protocatechuic, hydroxybenzoic, vanillic, syringic, beta-coumaric, ferulic, sinapic, caffeic, and palmantinic acids. 2 , 17Monohydroxy- and 2,5-dihydroxy terephthalic acids also have been identified in C. erythraea .
36 Triterpenoids found in centaury are alpha- and beta-amyrin, crataegolic and oleanic acids, erythrodiol, and sitosterol. 2 Other sterols present include beta-sitosterol, stigmasterol, campesterol, and brassicasterol.
8 Other components found in the plant include flavonoids, fatty acids, alkenes, waxes, resins, and essential oil. 2 , 17
Propriétés pharmacologiques :
Tonique général (connu pour son efficacité dans l’atonie des organes)
Fébrifuge (comparable au Quinquina) : délaissé par les modernes
Tonique amère de tout l'appareil digestif (Son intérêt réside surtout dans ses principes amers, qui lui confèrent la propriété de stimuler les sécrétions du foie et de l'estomac).
Apéritive
Carminative
Eupeptique, Digestive, stomachique
Décongestionnante du foie, cholérétique, cholagogue
Stimulant du pancréas
Vermifuge
Anti- goutteuse
Dépurative (dermatoses, eczéma)
Usage externe : Vulnéraire, Détersive, cicatrisante
Indications thérapeutiques:
Dodoens (1557) :
« Bouillie en eau ou vin, purge par bas les humeurs bilieuses, et phlegmatiques, et grosses, par quoi elle profite à ceux qui sont travaillés de sciatique, s’ils sont purgés par icelle jusqu’au sang »
« Elle est fort bonne contre oppilations de foie, contre la jaunisse, et contre duresses de ratelle »
« La décoction bue, tue les vers et les pousse hors par bas ; elle est aussi très utile contre convulsions et spasmes, et toutes maladies des nerfs »
« Le jus d’icelle pris ou appliqué par bas en pessaire, réveille le flux menstruel, et jette hors l’enfant mort »
« Le même avec miel éclaircit la vue, et ôte tous brouillas, si on le distille dedans les yeux et est utilement mêlé en tous collyres à ce propres »
« Verte, pilée, et appliquée, consolide et guérit plaies fraîches, et referme vieux ulcères malins, et difficiles à curer »
« Icelle séchée et pulvérisée se mêle utilement avec onguents, emplâtres, poudres, ou semblables médecines qui remplissent de chair les fistules et ulcères caverneux, et qui amolissent duresses »
Lemery (1694) :
« elle est vulnéraire, détersive, dessiccative, apéritive, propre pour le scorbut, pour les fièvres intermittentes, pour les vers, pour la rage, pour la rétention des menstrües, pour la goutte sciatique, pour la jaunisse »
Chomel (1782):
« …on emploie ses feuilles et ses fleurs, mais principalement les bouquets de fleurs, qu’on donne en infusion, en poudre, en extrait et en conserve, pour guérir les fièvres intermittentes. La dose des fleurs en poudre est d’un gros, et en infusion d’une bonne pincée dans un verre de vin blanc.
Palmarius ordonne, comme un spécifique dans les maladies contagieuses, un gros des sommités cueillie entre fleur et graine, infusé dans le vin ou l’eau de chardon- béni à six onces ; c’est un sudorifique modéré. Elle est aussi propre à emporter les obstructions des viscères, faire couler la bile par le ventre, guérir la jaunisse, désopiler le foie, pousser les ordinaires, fortifier l’estomac, et faire mourir les vers. Outre ces propriétés, elle est encore vulnéraire, détersive, et apéritive, et on y trouve quantité de ses fleurs mêlées dans le Faltrank…
Quelque réputation que se soit acquise le Quinquina dans la guérison des fièvres, il n’a pas détruit celle de la petite centaurée, et on en mêle souvent une poignée avec une once de quinquina qu’on fait infuser dans une pinte de vin blanc pendant vingt- quatre heures, pour en faire prendre ensuite deux, , trois, et même quatre prises par jour de quatre en quatre heures, et de la nourriture dans les intervalles. Cette préparation emporte souvent des fièvres que le Quinquina n’avait pu guérir.
L’extrait et la conserve de petite centaurée se donne depuis deux gros jusqu’à demi- once dans les opiats fébrifuges, apéritifs et mésentériques… »
1766 « elle sèche les plaies et les déterge »
Lamarck (1786): « les obstructions des viscères du bas- ventre, la jaunisse, les pâles couleurs… »
Bossu (1854) : « Considérée surtout comme l’un des meilleurs succédanés du Quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes ; Nous croyons qu’on a beaucoup exagéré ses propriétés fébrifuges ; pourtant il est certain que si elle ne peut remplacer l’écorce du Pérou dans les fièvres intermittentes graves, à type pernicieux, elle peut rendre de grands services dans la pratique rurale, soit pour prévenir les accès de fièvre simple, soit pour les faire cesser, ou pour les tenir éloignés lorsqu’on s’en est débarrassé par un autre fébrifuge, tel que le sulfate de quinine ; soit enfin pour fortifier les convalescents et dissiper les engorgements dus à l’influence paludéenne et aux accès pyrétiques »
Thielens (1862) : « cette plantes est un amer très estimé contre la chlorose, les fièvres et le rhumatisme »
Usage interne
Faiblesse générale, anémie, Convalescences, asthénie, anorexie, surmenage, pâleur du visage…
Affections fébriles, fièvres intermittentes, accès de paludisme…
Achylie (absence de sécrétion d’un suc digestif)
Atonie intestinale avec constipation ou Diarrhées rebelles
Ballonnements nerveux
Congestion et insuffisance hépatique (avec constipation)
Crampes gastriques
Digestions difficiles
Dyspepsie chronique
Dyspepsie douloureuse (flatulences)
Gastralgie des Goutteux
Hyperacidité
Inappétence, manque d’appétit
Manifestations cutanées de la dyspepsie (urticaire)
Maux d’estomac
Paresse digestive
Vomissements
Affections scrofuleuses
Dermatoses eczématiformes
Parasites intestinaux
Usage externe
Plaies atones
Ulcères atoniques, scrofuleux, variqueux et scorbutiques, Hémorroïdes
Chute des cheveux, Poux
Eclaircir la teinte des cheveux
Posologie :
Les cures ne doivent pas dépasser une dizaine de jours
La plantes est contre- indiquée en cas d’inflammation des voies digestives
Ne pas dépasser les doses prescrites : de fortes doses provoquent l'apparition de vomissements et autres troubles digestifs, comme irritantes pour le tube digestif (gastro - intestinal)
Les nerveux et les pléthoriques ne supportent pas toujours la petite centaurée
Usage interne
En infusion (goût très amer) 4 c. à c. par litre d'eau ; aromatiser avec une plante à saveur douce ; une tasse avant les principaux repas (digestion lente, inappétence) ; une tasse matin (à jeun) et soir : cholagogue
Poudre : 2 à 10g/jour
Teinture : 2 à 5g/ jour
Suc frais : 30 à 100g/ jour
Extrait aqueux : 0,50 à 1g/ jour en pilules
Nébulisat 200 mg/gélule, 2 fois/jour;
Vin de Centaurée (contre l’anémie, la chlorose, les convalescences traînantes) : 60 g de plante dans un litre de vin blanc avec 10 à 15 baies de genièvre, faire macérer 8 jours, filtrer, sucrer au miel suivant le goût, un verre à bordeaux avant les repas.
Sirop : 10g de plante dans 300g d’eau et 500g de sucre ; à prendre entre les repas
Eau fébrifuge de Moyse Charas:
Prenez des racines et des feuilles de fenouil, des feuilles d’absinthe, de sauge, de rue, d’armoise et de romarin, ou de ses fleurs, et des sommités de petite centaurée, de chacun deux poignées : faîtes macérer ces simples pendant trois jours en quatre livres de vin blanc, pour en faire ensuite la distillation selon les règles de l’art.
On estime beaucoup cette eau contre les fièvres d’accès, et surtout contre la quarte, la donnant au commencement de l’accès depuis une jusqu’à quatre onces.
Infusé- apéritif du Dr Leclerc:
Racine de Gentiane 8g
Petite centaurée 12g
Trèfle d’eau : 12g
Eau bouillante 500g
Laisser infuser 12 heures ; passer ; une tasse avant chacun des deux repas
Pierre Lieutaghi : « on la joindra utilement à l’Absinthe et au Menyanthe (5g des trois) pour la préparation d’un vin amer, digestif et tonique très utile dans les mêmes affections »
Marie- Antoinette Mulot : « La centaurée, la reine des prés, l’écorce de bouleau qui sont par excellence des stomachiques, doivent entrer dans la composition de toutes décoctions composées ; il a été démontré que cette façon de prescrire rend la décoction plus digeste »
En association avec l’anis vert, la camomille, le fenouil et la menthe poivrée (convalescences, asthénie)
Suc frais mêlé à du miel
Décoction 60 à 100 g pour un litre (deux poignées) en lotions ou lavements (compresses) pour les plaies atones, ulcères variqueux
Décoction 30 à 50g de plante séchée pour un litre d’eau ; laisser bouillir 2 à 3 minutes ; 1 ou 2 frictions par jour (chute des cheveux, poux)
Cataplasmes de feuilles et fleurs fraîches sur les plaies et les ulcères
Faltrank ou Vulnéraire de Suisse
« Dans le commerce, on donne ce nom à un mélange des principales herbes vulnéraires qu’on a récoltées fleuries et dans leur plus grande vigueur, sur les montagnes de la Suisse et de l’Auvergne…ces herbes vulnéraires sont ordinairement les feuilles et les fleurs de Sanicle, Bugle, Pervenche, Véronique, Pyrole, Pied de Chat, Pied de Lion, Langue de Cerf, Capillaire, Armoise, Pulmonaire, Brunelle, Bétoine, Verveine, Scrofulaire, Aigremoine, Petite Centaurée, Menthe, Piloselle, et plusieurs autres plantes…Les compositions de ce Faltrank sont assez arbitraires et, on y mêle des plantes, dont les vertus sont très différentes… » Valmont de Bomare (1768)
Médicaments AMM à base de petite centaurée:
DIATISAN* - Laboratoires LEHNING
Traditionnellement utilisée pour stimuler l'appétit
20 sachets-doses papier de 1,5 g
Composition pour 1 sachet-dose :
0,30 g petite centaurée et, houblon, genièvre, orange amère, gentiane, menthe poivrée
1 boite carton de 100 g
Composition pour 100 g de mélange :
20g petite centaurée et, houblon, genièvre, orange amère, gentiane, menthe poivrée
TISANE HEPATIQUE DE HOERDT* - Laboratoires WIEGER
Traditionnellement utilisée pour favoriser la production de bile par le foie et sa sécrétion dans l'intestin
24 sachets-doses papier de 2 g
Composition pour un sachet-dose de 2 g :
0,38 g petite centaurée et, absinthe, achillée millefeuille, aigremoine, boldo, chiendent, ményanthe, sauge
Autres utilisations:
Selon Gaston Bonnier, la décoction de petite centaurée teint la laine en jaune verdâtre, en jaune citron avec addition d’Alun et en brun verdâtre avec du sulfate de fer